Quel titre pour mon thriller « Le veilleur » ?

Publié le 20.06.2024

Bonjour les Conseillers ! Aujourd’hui je vous propose un article un peu spécial : la présentation du petit dernier, mon 5e livre et 2nd thriller…

Pour le moment, je l’appelle « La Résidence » ou « Le Veilleur ». Mais le titre est encore provisoire… Le livre est en cours de relecture et de correction et la couverture reste à déterminer.

En voici le synopsis provisoire :

Il vient de décrocher un nouveau boulot dans une résidence huppée. Mais, petit à petit, l’envers du décor se dévoile. Tous les résidents cachent un secret. Et qu’en est-il des employés ? Curieux, il va tenter d’en savoir plus. Devant ses écrans, et grâce aux langues qui se délient, il va découvrir une affaire de chantage. Mais la communauté n’est pas prête à payer… Qu’arrivera-t-il aux maîtres-chanteurs ? Chercher la vérité ne sera-t-il pas dangereux pour lui-même ?

Voici le début, qui comptabilise déjà plus de 50 lectures sur monBestSeller et pour lequel je reçois de bons retours :

 

1

C’était son premier jour au sein de la résidence. Il était à la fois impatient de commencer et stressé à l’idée de ne pas être à la hauteur de son nouveau boulot. Sorti fraîchement de l’école où il avait fait de brillantes études, il s’était malheureusement désintéressé en chemin, et aurait aimé changer de voie. Mais sa mère ne s’en sortait plus toute seule. Elle n’arrivait plus à financer ses études et avait été effarée d’apprendre qu’il souhaitait se réorienter. Elle lui avait alors exposé la situation et il s’était finalement accroché jusqu’à obtenir son diplôme. C’était un bon garçon en somme. Mais voilà. Il lui fallait des revenus. Et ce travail, qui tombait à pic, et qui ne requerrait que peu de connaissances, lui permettrait d’assurer une vie confortable, et également de prendre le temps de faire le point sur son avenir.

C’est un de ses copains de l’université qui lui avait parlé du job. Le garçon avait un oncle qui cherchait justement un gardien pour sa résidence. Et comme c’était bien payé, au bout d’un an ou deux, il pourrait reprendre ses études ! Et selon les horaires et tâches à accomplir, il pourrait peut-être même envisager une formation à distance. Il avait donc envoyé une lettre de motivation et, son interlocuteur se trouvant quelque part entre New York et Tokyo, il avait ensuite eu un entretien téléphonique. Son profil avait apparemment intéressé les responsables du comité de la résidence. Et le voilà qui se retrouvait projeté dans le rôle de veilleur dont la mission serait d’assurer la surveillance de différentes habitations.

Les premiers jours, il devait être épaulé par les deux gardiens. L’un, à quelques années de la retraite et en poste depuis de nombreuses années, et l’autre, plutôt costaud, utile en ce qui concernait le jardinage et le port de charges lourdes, lui feraient visiter les lieux et l’accompagneraient pour ses premières rondes nocturnes.

Ils n’avaient pas les mêmes missions, si bien qu’une fois la période de découverte passée, ils ne se croiseraient plus que dans le logement commun, s’il décidait de s’y installer, étant donné qu’il pouvait également loger au pavillon de surveillance.

C’était à peu près tout ce qu’il savait en débarquant ce jour-là.

 

2

À son arrivée, il dut appeler à un interphone. Une bonne vingtaine de numéros figuraient au-dessus d’un clavier et une caméra permettait sans doute aux résidents de découvrir leurs visiteurs avant de leur ouvrir. Il choisit le numéro 00 qui correspondait au « Gardien ». Un homme lui ouvrit le portail à distance. D’une voix peu aimable, il lui donna pour consigne de se rendre au pavillon de l’entrée et de l’y attendre. Il suivit scrupuleusement les directives, mais ne put s’empêcher d’apprécier la superficie gigantesque de l’espace cloisonné qui s’étendait devant lui. Le gardien le rejoignit rapidement dans une sorte de voiturette de golf et se présenta.

C’était l’ancien, le futur retraité. Nonchalant, mal fagoté, un vieux mégot sur l’oreille, il se présenta fièrement sous le sobriquet de « Doyen ». Puis il le conduisit au pavillon des gardiens et lui montra sa chambre, s’il souhaitait s’y installer, en lui précisant qu’elle était pour le moment encombrée des affaires du « Petit », son adjoint, qui n’avait pas assez de place dans la sienne. Cette chambre ressemblait plutôt à un garage, au vu de ce qui y était entreposé : pièces de voitures, magazines et calendriers de femmes aux seins nus, chaussures sales,… Il attendait de voir l’autre pavillon, mais avait déjà fait son choix ! La salle de bain commune était simple et fonctionnelle, pas très propre, et les WC attenants sentaient si fort l’urine qu’il se demanda si la chasse d’eau avait été tirée cette semaine… La salle aurait été plutôt agréable avec son canapé et ses deux fauteuils, sa TV à grand écran et sa table basse si tous les meubles n’avaient pas été encombrés de bouteilles de bières et de sachets vides. Le coin cuisine occupait un petit espace, sans doute suffisant pour les talents culinaires des deux hommes qui, au vu des nombreux emballages de plats préparés et de cartons de pizza empilés sur le plan de travail, ne devaient pas beaucoup cuisiner… Par curiosité, il ouvrit le réfrigérateur et son contenu acheva de le décider à emménager dans l’autre pavillon, quelle que soit son apparence !

Le Doyen n’était ni avenant ni agréable, mais cela l’importait peu : il n’avait que quelques jours à passer en sa compagnie avant d’intégrer ses fonctions.

Ils jetèrent un œil sur le « jardin » attenant à la maisonnette, un carré qui eut été agréable s’il avait été entretenu.

Il se demanda si le Doyen et son acolyte vivaient vraiment dans ces conditions ou s’ils n’avaient pas fait en sorte qu’il préfère s’installer ailleurs.

Ils prirent la voiturette rigolote et la visite guidée de la résidence débuta. La route goudronnée était assez large pour laisser passer deux voitures, et même un vélo en plus, dans chaque sens. L’une des voies partait sur la gauche tandis que l’autre allait sur la droite, pour finalement se réunir et former une boucle. Le Doyen expliqua que les maisons étaient toutes numérotées à partir de 1, en partant par la droite et qu’elles se situaient toutes à l’extérieur de la boucle. L’intérieur était réservé au jardin commun, aux espaces jeux des enfants, au terrain de tennis, à l’espace « restauration et fêtes communes », à la réserve, au garage pour les véhicules d’entretien, et au pavillon de surveillance.

Chaque villa avait son propre jardin, souvent immense, et possédait son propre dispositif de surveillance. Cependant, certaines d’entre elles étaient gérées, en termes de sécurité, et sous couvert du secret professionnel, par le Comité. Ainsi, les couples les plus âgés préféraient savoir que leur jardin était sous vidéo-surveillance directement au sein de la résidence et qu’en cas de problème, même de santé, les alarmes intérieures et extérieures avertissaient automatiquement le veilleur.

Le Doyen dit qu’il n’en savait pas plus et qu’il découvrirait au fur et à mesure. Quelque chose d’étrange le mit pourtant mal à l’aise. Il eut l’impression que le Doyen en savait au contraire bien plus qu’il ne voulait bien le dire… Il ravala ses soupçons, en se disant qu’après tout, le secret professionnel était de mise, et continua la visite sans poser de question.

Selon son guide, il y avait là vingt villas, toutes plus belles les unes que les autres. Certaines étaient plus modestes, mais souvent plus chaleureuses. D’autres étaient entourées de murs ou de haies, et seules les entrées au niveau des portails permettaient de les admirer ou de les deviner, tandis que d’autres étaient plantées sur des espaces sans clôture si vastes que les habitants qui y vivaient pouvaient voir arriver leurs hôtes bien avant qu’ils n’atteignent leur porte d’entrée !

La résidence était vraiment magnifique. Le Doyen parlait peu. Il le lorgnait de biais et ça le mettait assez mal à l’aise. Mais il essayait de se concentrer sur la visite. Son guide lui montra le pavillon de surveillance en passant devant, sans même s’arrêter. Il cherchait son collègue. C’était l’heure de la pause ! Il prit son talkie et lança un appel. Le collègue répondit instantanément qu’il arrivait à leur pavillon, celui de l’entrée.

Le Doyen reprit la route et roula cette fois beaucoup plus vite. Regarder les villas était bien moins agréable en s’accrochant à son siège. Heureusement que la route était droite ! La boucle était si large qu’on remarquait à peine que ça tournait, mais le petit véhicule, conduit comme un bolide, sans doute trafiqué pour augmenter sa vitesse, semblait être sur le point de se disloquer !

De retour devant l’entrée où un petit camion contenant visiblement du matériel de jardinage était garé, le Doyen se précipita dans son logement et revint avec une bière à la main.

T’en veux une ? lui lança-t-il.

Pour son premier jour, ça serait maladroit, pensa-t-il, d’autant plus qu’il ne supportait pas très bien l’alcool. Il n’aimait pas la sensation d’euphorie et de perte de contrôle lorsqu’il buvait plus de deux verres et, en plus, il avait le foie fragile.

Non, merci, je n’ai pas très soif, mentit-il. Il avait été sur le point de répondre qu’il était bien trop tôt pour lui pour boire une bière !

Salut le nouveau ! Alors, ça te plaît ? Tu vas rester, toi ? dit une voix derrière le Doyen. La trogne dont émanait la voix surgit soudain. Le gars, plus âgé que lui, mais bien plus jeune que l’autre, devait faire trois ou quatre têtes de plus qu’eux ! Il avait également la carrure qui allait avec sa taille : il était énorme ! Sa mère l’aurait qualifié de « beau bébé ». C’était donc lui « le Petit » dont parlait le Doyen !

Tentant de masquer sa surprise devant la taille du colosse, il demanda combien de personnes avaient eu le poste avant lui. Les deux hommes ricanèrent et le Doyen lui répondit vaguement qu’il y en avait eu quelques-uns, avant d’entamer une conversation avec son collègue au sujet du travail effectué, de ce qu’il restait à faire pour la journée, de la petite du 12 qui avait encore fait des siennes et d’autres ragots auxquels il ne prêta pas attention.

Ils burent rapidement leur bière. Le Doyen remonta à bord de sa voiturette et fit signe au garçon de le suivre.

Ils refirent un tour de la résidence au cours duquel son guide lui indiqua les espaces centraux : le terrain de tennis, le grand parc réservé aux rares réunions et fêtes et celui des enfants, avant de s’arrêter à une sorte de hangar de luxe où étaient rangés les véhicules et stocké le matériel. Ils descendirent et le gardien lui montra rapidement les lieux avant de lui fournir ses tenues : veste, pantalons et casquette noirs en plusieurs exemplaires. Les vêtements étaient gérés par une entreprise de nettoyage, et échangés chaque lundi contre d’autres, propres.

L’homme en profita pour lui expliquer les rôles et tâches dont son collègue et lui avaient la responsabilité. En gros, ils avaient pour mission l’entretien des espaces verts communs (parcs, trottoirs et allées), les réparations diverses, l’achat du petit matériel, le nettoyage et la maintenance des jeux du parc,… Chaque villa avait son propre personnel en ce qui concernait les habitations, les jardins, les piscines,…

Il l’amena ensuite au pavillon de surveillance d’où il travaillerait essentiellement. C’était un joli chalet en bois de deux pièces : une chambre en mezzanine et au rez-de-chaussée, un coin salle de bain et WC, une kitchenette, un petit salon avec un canapé, une table basse et une TV et le reste de la pièce était destiné à la surveillance et au bureau. Deux ordinateurs trônaient là et de nombreux écrans étaient fixés au mur. Il eut soudain hâte de découvrir son travail. Une enveloppe avait été déposée sur le bureau. Il la lirait dès qu’il serait installé. Sa voiture personnelle devait rester à l’extérieur, mais de toute manière, il l’avait laissée chez sa mère. Elle attendait son appel pour lui apporter son vélo et son sac. Le Doyen lui indiqua que les visites étaient interdites, sauf pour raison exceptionnelle, et seulement avec l’accord du Comité. Mais il avait une voiturette de golf à disposition pour ses déplacements dans la résidence… « Imagine, par exemple, le temps qu’il te faudrait pour aller vérifier une caméra à l’autre bout de la cité sans ça ?! » lui dit l’ancien.

Les lieux avaient été fraîchement nettoyés et ça sentait bon le propre. Ouf ! Il était content. Sa décision était ferme et définitive : il allait s’installer ici. Pas question de vivre au pavillon de l’entrée de… « La cité », comme avait dit l’autre, s’amusa-t-il.

T’as de la chance, le nouveau, c’est une bonne place. Avant, on était trois à tout faire, mais il y a eu « des problèmes » et le Comité a préféré revoir l’organisation. Tu peux manger avec nous si tu veux. À midi, on se retrouve chez nous, à l’entrée. Je te laisse voir tout ça, dit-il en désignant les écrans et les ordinateurs, moi, j’y connais rien. T’appelles si t’as besoin. Y’a ton kit sur la table : téléphone, torche, pistolet d’alarme et talkie. Tu dois toujours les avoir avec toi. C’est simple. Tu allumes et tu suis les instructions. Tu dois savoir faire ça non ? T’as des questions avant que j’y retourne ?

Oui. Vous avez parlé d’anciens gardiens… Ils ne sont pas restés ?

T’es le cinquième, p’tit gars.

Comment ça se fait ?

Pendant des années, il y a eu moi, « le petit » aussi, et puis le « vieux con ». Il était malin, lui. Il savait des choses. Il était près de la retraite, et puis il est mort. On sait pas ce qui s’est passé. C’était un bête accident. Il a été remplacé par un gars bizarre qu’était pas très causant. Mais il est pas resté longtemps. Du jour au lendemain, il avait disparu. On était bien contents de récupérer les affaires qu’il avait laissées dans sa chambre ! Après y’a eu l’autre, un gamin. Il est parti vite. Il était pas fait pour ça. Il a fait une semaine, et il nous a dit au revoir. Et le dernier, ben, tu le croiseras peut-être. Il s’est tapé la petite du 12. Et quand ses parents l’ont su, il a été viré. Mais des fois, quand les parents sont pas là, la petite fait des fêtes et il vient. Et il passe toujours faire coucou à maison.

Et qui s’occupait de la surveillance informatique ?

Ben, on a tous fait un peu. Y’avait qu’à attendre et à regarder, et quand ça sonnait, on y allait quoi. Des fois, on venait tous là et on jouait aux dés ou aux cartes. Mais c’était « le vieux con » qui gérait le mieux. Et puis l’autre bizarre s’en est occupé après lui… Et après le Comité a décidé de chercher quelqu’un d’autre. Nous, on fait que répondre aux alarmes.

Ok. D’accord. Merci. Je vous rejoins à midi alors. Dans une heure, dit-il en regardant sa montre.

 

Dès que le Doyen fut sorti, il se précipita dans la kitchenette, ouvrit le robinet et plaça sa bouche sous l’eau fraîche. Il avait une de ces soifs !

Il appela sa mère pour lui confirmer son installation. Elle devait le rejoindre vers 11h45 avec son vélo, son sac et quelques courses pour la semaine.

Il se souvint de l’enveloppe et la décacheta. Elle contenait les instructions pour son travail au sein de la résidence. Il avait pour mission de s’assurer de la maintenance du système de surveillance, du bon fonctionnement des caméras, de la barrière de sécurité et des badges d’accès, de la caméra de l’entrée, et devait être disponible en cas de panne. Quelques alarmes supplémentaires relevaient également de son poste. Il était donc employé en tant que veilleur informatique et veilleur de nuit.

Le document mentionnait les permanences des deux employés polyvalents en cas de besoin : ils travaillaient du lundi au vendredi, de 9h à 12h et de 13h30 à 17h, et assuraient deux nuits de garde par semaine chacun. Ces jours-là, ils ne reprenaient que le lendemain après-midi. Les gardes consistaient en une ronde vers 23h ainsi qu’un déplacement sur appel et sur alarme, ce qui arrivait apparemment quelques fois. Lorsque l’un des employés était en congé, l’autre effectuait ses nuits.

Ainsi, il lui en restait trois à assurer par semaine, les vendredis, samedis et dimanches, en plus de son travail de maintenance qu’il pouvait planifier comme il lui plaisait. Il choisirait ses jours de congé, mais devrait en informer le comité au moins quinze jours à l’avance.

Il vérifia l’inventaire de son matériel : tenue noire, lampe torche et pistolet d’alarme, téléphone et talkie walkie, trousse de secours. C’était parfait.

Et pour finir, un petit carnet et un plan accompagnaient le document. Le carnet contenait les différents codes d’accès, quelques informations, comme les numéros d’appel ou les noms des fichiers utiles à consulter, tandis que le plan mentionnait les numéros de villas, indiquait les emplacements des caméras et des différents espaces…

 

11h30. Il était temps de retourner à l’entrée. Il trouva la clé de sa voiturette accrochée sur le mur près de la porte et grimpa dans son petit véhicule garé sur le côté du chalet. Il en profita pour regarder à l’arrière et découvrit un jardinet. Il se promit de l’entretenir pour pouvoir s’y détendre.

Tout en roulant, il regardait les espaces dits communs : le parc de jeux pour enfants, celui des fêtes et barbecues, le terrain de tennis… Toutes ces parcelles et équipements devaient prendre un temps fou à entretenir !

Il avait maintenant une petite idée de l’étendue du domaine qu’il devait garder sous surveillance. Si tout était calme, ça serait facile, mais si la nuit la résidence se transformait en un quartier du Bronx, ça deviendrait compliqué !

Sa mère l’attendait devant la barrière. Il récupéra ses affaires et son vélo. Elle lui avait également préparé quelques plats pour sa semaine. Comme elle vivait tout près, il pourrait passer la voir en dehors de ses horaires de boulot. Et le week-end, il rentrerait sûrement chez elle.

Il la remercia chaleureusement et lui promit de lui donner des nouvelles rapidement, avant de l’embrasser, et de la laisser à la barrière. Il rejoignit ses nouveaux collègues et mangea un sandwich préparé par sa mère pour le midi. Refusant les tentatives de corruption du Doyen et du Petit, il ne prit qu’un verre d’eau. Les deux compères menaient la discussion, se préoccupant à peine de lui, et se racontaient les derniers ragots. La vieille du 5 s’était encore perdue cette nuit. Heureusement, d’après eux, son mari l’avait récupérée avant d’avoir eu le temps de déclencher l’alarme. Elle avait des troubles de la mémoire (Alzheimer peut-être) et s’était égarée dans leur gigantesque terrain. Ils l’avaient appris par les voisins du 4 dans une conversation avec ceux du 6 tandis qu’ils s’occupaient des espaces verts. Les deux hommes riaient en lui disant qu’il allait avoir de quoi faire. Ce qui l’inquiétait le plus, était de savoir s’il finirait par repérer les habitants et leurs numéros !

Lorsqu’il eut terminé son sandwich, il prétexta avoir le système informatique et celui de surveillance à découvrir, et s’éclipsa rapidement.

 

5

Lorsqu’il arriva à son chalet, il rangea la voiturette sur le côté, et déposa son vélo contre la façade, près de l’entrée. Il entra ensuite ses affaires et rangea ses vêtements et provisions. Enfin, il alluma les deux ordinateurs et s’installa à sa chaise de bureau. Un coup frappé à la porte lui indiqua l’arrivée de son premier visiteur. Un homme d’un certain âge se tenait là, devant la porte, un bol de fraises à la main.

Eh ! Bonjour jeune homme ! Je suis venu vous souhaiter la bienvenue. Tenez. J’espère que vous avez du sucre ? C’est comme ça qu’elles sont meilleures !

Bonjour Monsieur. Merci, c’est gentil, dit-il en prenant le bol que l’homme lui tendait.

Vous me semblez plus sérieux que tous ceux que j’ai vus à votre place avant vous ! J’habite au 19, l’avant-dernière villa en allant dans le sens des numéros, lui dit-il avec un clin d’œil. Les gardiens m’ont dit que je vous trouverais là.

D’accord. Je pense que je vais avoir un peu de mal à retenir toutes les informations…

Moi, vous me verrez de temps en temps. Depuis que ma femme est partie, enfin, depuis qu’elle est décédée, mon chien et moi, nous ennuyons beaucoup. Alors nous marchons dans la résidence… Je ne vais pas m’attarder, mais si vous avez des questions, n’hésitez pas à passer me voir. Ma femme et moi étions les plus anciens ici. Nous avons même vu la construction ! Je connais tout le monde ici. Bon, il y en a certains que je ne fais que croiser, mais c’est comme ça ici. Et pour être clair, je suis le plus simple de tous les bourgeois prétentieux que vous rencontrerez ici, dit-il avec un nouveau clin d’œil. À part mes voisins bien sûr, qui sont au 18 et la petite du 12, qui est bien plus sympa que les autres. Mais les habitants sont agréables dans l’ensemble !

Il n’eut pas le temps de lui proposer quoi que ce soit, le vieil homme s’éloignait déjà. Le garçon se précipita et lança un « merci pour les fraises » alors que l’homme, flanqué de son chien, avait déjà parcouru plusieurs mètres. Celui-ci leva la main en signe d’assentiment et continua son chemin.

 

Les ordinateurs et écrans allumés, il se munit du petit carnet afin de se connecter sur les espaces « administrateur ». Vingt-deux caméras surveillaient la route et les lieux dits « communs ». Il pouvait les manœuvrer à distance, mais n’avait, évidemment, pas le droit d’épier les résidents. La confidentialité était l’une des conditions nécessaires à son travail et il prenait cela très au sérieux. Il s’assura donc de la mobilité de chacune des caméras et s’étonna de trouver certaines tournées dans le mauvais sens, c’est-à-dire du côté des villas. Il nota rapidement les numéros concernés et réorienta les caméras de façon à voir un maximum d’espaces de la route aux parcs, sans visibilité sur les terrains privés. Puis il se fit un plan grossier, vierge, et y indiqua les lieux (peu nombreux) sur lesquels il n’avait aucune visibilité. Il lui semblait peu probable, avec cette réorganisation, que quelqu’un puisse pénétrer dans la résidence, et échapper aux appareils de surveillance.

Il découvrit également qu’il avait pour mission de veiller sur les propriétés 4, 5 et 6, les trois couples d’anciens, amis, selon le Doyen, ainsi que sur celle du numéro 2. Il avait donc cinq caméras en plus sur chacune des propriétés et une alarme à gérer pour toutes les villas. Il vérifia rapidement ses écrans et se mit un mémo afin de planifier un test des alarmes.

Il remarqua soudain un petit carré de papier sur le sol, sous le bureau, qui avait sans doute glissé du carnet. Il mentionnait qu’il serait susceptible de recevoir d’autres instructions par mail. Une adresse dédiée à la surveillance et son code d’accès étaient également mentionnés. Il se connecta à la messagerie et y releva un courriel de bienvenue, signé du Comité.

 

Il fit ensuite un tour à vélo afin de repérer les caméras les plus proches, et d’en vérifier la situation sur son plan. Il devrait ensuite faire de même chez les habitants dont il devait surveiller les propriétés.

Lorsque sa journée fut terminée, il n’avait pas croisé grand monde : une grande berline noire aux vitres teintées, dont le conducteur était caché par le reflet sur son pare-brise, qui était entrée au 17, et deux adolescents qui devaient avoir douze et dix-sept ans, discrets, mais polis, qui avaient tourné au 18. C’étaient sans aucun doute des résidents ou habitués des lieux : il aurait normalement été informé si quelqu’un de l’extérieur avait demandé à entrer. Il se demanda s’il existait un registre des entrées et sorties. Il supposa que ça n’était pas le cas et se dit qu’il serait intéressant d’interroger le Comité à ce propos.

Puis il consigna ses interventions dans son carnet et copia à main levée les parties du plan qu’il avait déjà vérifiées pour repérer ce qui était fait, et ce qu’il lui restait à faire. Il devait s’assurer au plus vite que les alarmes des résidents des numéros 2, 4, 5 et 6 se déclenchaient sur les téléphones de ses collègues, et sur le sien, en cas d’urgence.

Il était satisfait. D’ici vendredi, il serait prêt. Il devait accompagner le Doyen pour sa ronde de 23h ce soir, prendre un congé mercredi, et reprendre jeudi pour la « patrouille » de 23h avec le Petit. Les choses sérieuses commenceraient vendredi : il passerait son premier week-end à la résidence en tant qu’unique veilleur.

 

Il prit une douche et prépara son lit en mezzanine avant de rejoindre les gardiens pour le dîner. Il se sentait bien dans la résidence. Et si tout se déroulait sans accroc, les deux ans passeraient vite.

Les gars avaient déjà quelques bières dans l’estomac lorsqu’il arriva. Ils employaient des mots grossiers et riaient devant une émission dont les protagonistes ne semblaient pas avoir plus d’un petit-pois dans la cervelle, et dans laquelle les filles étaient gonflées de silicone, dans les seins comme dans les fesses. Le temps lui semblait s’écouler très longuement. Il jouait sur son téléphone portable en attendant impatiemment l’heure de la ronde. Mais le Doyen décida de regarder la fin de l’émission avant d’assurer son tour de veille. Juste avant de passer la porte, le Petit lui demanda s’il les inviterait parfois. Devant sa surprise, le costaud ajouta qu’avant, quand il n’y avait pas de veilleur informatique, ils se rendaient au chalet et « mataient les gens avec les caméras ». Le Doyen éclata de rire et assura au jeune homme que c’était une blague. Mais il surprit son regard mauvais en direction du Petit, qui n’ajouta plus rien.

 

9

Ils prirent la voiturette et firent le tour de la résidence. Le Doyen, sans doute pressé de rentrer, roulait plutôt vite.

Le jeune informaticien se demandait à quoi servait cette soirée en fin de compte. Qu’il y ait une veille de nuit ne lui posait aucun souci, mais devoir passer du temps avec ces hommes ne lui apportait rien. La nuit était calme et claire, et les étoiles lui auraient inspiré un peu de romantisme si la situation avait été différente ! Le Doyen ralentit au niveau du 5, et se gara en travers de l’entrée.

« J’espère que la vieille restera tranquille cette nuit. Ils ont qu’à l’enfermer », grommela-t-il, provocant l’exaspération du jeune homme, qui réussit néanmoins à cacher son indignation. Un si grand manque d’empathie et de respect le révoltait.

L’homme expliqua ensuite que les alarmes, quand elles se déclenchaient, venaient régulièrement de cette villa. Les autres étaient souvent des erreurs, causées par des personnes qui avaient subitement oublié le code de l’entrée, ou alors de mauvais réglages, d’animaux, ou même de plaisantins,…

Des plaisantins ? le reprit-il.

Oh ! Faut pas croire ! Les fils à papa ne sont pas les plus sages ! Et il y a quelques jeunes dans la résidence ! Sans compter les petits copains de la fille du 12 !

Ils déclenchent les alarmes ?

Ouais ! Chez elle ! Ses parents sont souvent absents alors y’en a qui viennent et ils font comme s’ils étaient chez eux. La petite a dû leur donner un badge pour le portail. Mais dans la maison, forcément, ça sonne ! Et puis des fois, ils squattent le terrain et la piscine du 13. On va y aller faire un tour. Quand il y a des dégradations, c’est à nous qu’on demande des comptes.

Pourquoi ?

Parce que personne n’y vient jamais. Elle est entretenue, mais les propriétaires ont tellement de villas partout dans le monde qu’ils ne viennent jamais. Et les gamins adorent y aller. Ils boivent quelques bouteilles et s’amusent loin des regards indiscrets, si tu vois ce que je veux dire, mais après, ils laissent leurs déchets traîner !

Il faudrait peut-être demander au Comité de proposer de mettre des caméras…

Pour devoir s’y rendre à chaque fois que les gamins font la fête ? On a assez de boulot nous autres !

Le garçon jeta un regard à son chalet en passant devant. Il n’avait qu’une envie : descendre et aller se coucher !

Le Doyen lui désigna le 11. C’était une résidence secondaire dont ils n’avaient pas à se préoccuper. La propriété était entourée d’un haut mur et fermée par une grille imposante.

Le 12 semblait plutôt calme. Seules quelques lumières faisaient briller les fenêtres et rien n’indiquait que quelque chose d’inhabituel s’y déroulait.

Le 13, en revanche, était assez inquiétant dans la nuit pourtant claire. C’était un petit manoir dont les tours pointues semblaient piquer le ciel. Il frissonna violemment et tendit l’oreille. Aucun son ne lui parvenait.

C’est bon, dit le vieux, c’est calme. On peut rentrer… On les entendrait d’ici s’ils étaient là.

Qui donc ?

Les copains de la petite !

Il n’y a qu’eux à surveiller ?

Moui. Répondit-il sans conviction. Il reprit, après quelques secondes : « De toute façon, c’est le week-end, le bordel, pas en semaine. Ça sera ton problème maintenant. »

Il remonta dans la voiturette, suivit du nouveau veilleur.

Tiens ! Je vais te montrer la villa du 16.

Ok. Elle a quoi de spécial.

Ben rien. Elle est en vente. Mais personne n’y va plus depuis… Il laissa sa phrase en suspens.

Depuis quoi ?

C’est là qu’on a trouvé le corps du « vieux con ».

 

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Gwenn A. Elle
Gwenn A. ELLE auteure

Auteure de thrillers psychologiques et romans sensibles. 11 livres publiés, une plume qui ne vous laissera pas indifférent.

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