« Un clic de trop » : thriller psychologique et suspense

Publié le 08.04.2024

Une malencontreuse erreur, un bug… Et il l’a repérée. Sans le savoir, elle est devenue sa proie.

Quand comprendra-t-elle qu’elle est en danger ? Et jusqu’où ira-t-il pour assouvir ses désirs ?

 

Le début :

1

Elle s’installa à son bureau, comme chaque matin ce lundi-là, poussa le chat endormi sur le côté du fauteuil, et déposa une infusion fumante à côté d’elle.

Elle avait un livre à terminer. Son quatrième ! Elle n’avait pas encore connu le succès, mais elle travaillait de toutes ses forces à changer cela. Son congé sabbatique ne devait durer qu’un an, et elle était déjà à mi-parcours ! Son rêve était de pouvoir vivre de sa plume, modestement. Cette vie-là lui plaisait tant ! Trois livres écrits en six mois ! C’était déjà bien ! Mais elle n’avait pas le temps de savourer l’impression d’aboutissement et de fierté qu’elle ressentait. Elle devait avancer, jusqu’à l’échéance. Et à ce moment-là, elle pourrait, peut-être, alors se poser et faire le bilan de tout ce qu’elle avait accompli… À moins qu’une nouvelle échéance ne se profile !

Une fois son ordinateur allumé et déverrouillé, elle lança la musique qui correspondait à son humeur : plutôt rock des années 70 à 90, aujourd’hui, jugea-t-elle. Puis elle consulta ses mails. Tous les jours, elle effectuait le même rituel : consultation du nombre de lectures de ses textes, ventes, messages, blog, réseaux sociaux, presse, etc. Et puis selon les jours, son état d’esprit, et les tâches à accomplir, elle se mettait au travail.

Mais ce matin, elle ne pouvait pas traîner. Elle n’aurait pas le temps de faire opérer la magie… Elle avait rendez-vous. À 10h, elle changerait de voiture, et elle avait l’impression de s’offrir un cadeau, ce qui la rendait heureuse !

Elle consulta son téléphone. Cette habitude de regarder l’heure dessus alors que l’horloge était affichée en bas de son écran d’ordinateur était amusante ! Chaque outil avait sa propre fonction en fait ! Bref, ce matin, elle traînait en sirotant son thé. Il allait bientôt être temps de s’habiller, mais les vidéos d’animaux facétieux et les citations romantiques sur fond de belles images retenaient son attention… Elle se secoua et balaya l’écran de son portable du pouce, ferma le capot de l’ordinateur et, tout en se relevant, remarqua que son téléphone avait encore bugué.

Elle soupira, tapota l’écran du doigt, et attendit quelques instants. En se dirigeant vers la salle de bain, l’écran changea et plusieurs pages s’ouvrirent. Un profond soupir lui échappa, mais elle décida que son téléphone n’arriverait pas à entamer sa bonne humeur pour si peu. Elle eut le temps de voir que ses « frappes intempestives » mais délicates d’écran avaient ouvert la page d’un magazine, puis un article sur la masturbation féminine ! Elle avait lu quelques articles lorsqu’elle écrivait son premier livre, un recueil de nouvelles, mais elle était passée à autre chose depuis, pensa-t-elle mi-amusée.

L’écran était à nouveau bloqué. Décidément, il était contrariant aujourd’hui ! Elle tapota à nouveau l’image puis, dépitée, posa le téléphone, et fila sous la douche.

Lorsqu’elle fut prête, quelques minutes plus tard, elle constata que la rubrique des commentaires de l’article était ouverte. Elle avait accidentellement mis un pouce à un commentaire haineux qui attaquait les femmes qui assumaient leur sexualité ! Elle s’empressa d’enlever le pouce en cliquant sur le commentaire, mais rien n’y fit. C’était encore bloqué. Elle prit le portable et le glissa rapidement dans son sac. Il n’était pas question d’être en retard et elle réglerait ça à son retour !

2

Il s’était levé tôt ce matin, comme chaque matin, et depuis toujours. Il dormait peu. « Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt », lui avaient toujours seriné ses parents.

Il avait beaucoup à faire au bureau. En fait non : s’il le voulait, il pouvait déléguer. Riche héritier des entreprises de son père, il ne travaillait que pour avoir un statut social. Ainsi, il était régulièrement invité à des repas et à des dîners dans des lieux mondains, à des parties de golf, et il devait bien l’admettre, il adorait tenir les rênes de son empire. Il aimait diriger, voir l’admiration voire même la crainte dans le regard de ses subalternes. Il se sentait comme le roi du monde dans son bureau perché en haut de sa tour… Et il savait que c’était effectivement le cas. De nombreuses entreprises bien plus modestes dépendaient des siennes et de ses décisions à lui.

Bientôt midi. Il poussa un soupir de satisfaction et sortit le téléphone « anonyme » qu’il gardait dans son attaché-case. C’est ainsi qu’il l’appelait depuis qu’il l’avait acheté à ce gars auquel il demandait parfois des services, comme lui procurer des drogues, des voitures volées, … Et ce portable. Le gars sous-traitait avec d’autres malfrats dans son genre, mais peu lui importait. Il prenait bien soin de se rendre méconnaissable à chaque rendez-vous, et le gars n’avait jamais rien vu d’autre que la couleur de ses billets.

En allumant « l’anonyme », il se souvint du dernier article qu’il avait consulté la veille et serra les dents. Ces femmes qui se comportaient comme des femelles en rut ! Elles s’affichaient sur les réseaux et pourrissaient la civilisation ! Il n’avait jamais pu supporter ce genre de femmes, sûres d’elles, vulgaires, charmeuses souvent… Et il en avait puni quelques-unes, se souvint-il en esquissant un sourire.

Mais aujourd’hui il ne comptait pas s’énerver. Il voulait seulement les voir… Les regarder s’exhiber dans des tenues qu’elles semblaient trouver sexy ! Les plus élevées socialement étaient principalement ses cibles. Il estimait qu’elles avaient un rôle à tenir, une certaine réserve à avoir. Les autres n’avaient pas d’éducation et représentaient pour lui le petit peuple. Et celui-là pouvait bien être dépravé, cela ne lui faisait ni chaud ni froid… Enfin presque ! Parce qu’il aimait parfois décharger sa colère sur les prostituées de certains quartiers, pourvu qu’elles soient propres ! Il se sentit soudain serré dans son pantalon, au niveau de l’entrejambe en y pensant, et cela l’agaça à nouveau.

Pas de message, pas d’appel. Il n’en attendait pas de toute façon. Il était resté tranquille ces derniers temps. Les bilans, voyages d’affaires, et autres obligations l’avaient totalement accaparé.

Il allait ranger le téléphone lorsqu’il découvrit une notification. Il cliqua, prêt à en découdre avec les femmes qui l’avaient invectivé la veille sous l’article qui prônait la masturbation féminine. Elles avaient fini par cesser de répondre, et il avait enfin pu trouver le sommeil.

La connexion fut instantanée. Le faux profil qu’il avait tout spécialement créé pour le site apparut. Il ne pouvait que se congratuler d’avoir choisi un avatar aussi éloigné de son physique. Une trentaine d’années, beau garçon, svelte et musclé, il n’avait rien à voir avec le personnage gras, dégarni, et aux grosses lunettes qu’il avait sous les yeux.

Il ne s’attarda pas sur son « profil » et cliqua sur la notification. Une femme, d’après son nom ou pseudonyme, avait mis un pouce à l’un de ses commentaires… Une femme avait donc signifié son adhésion à ses paroles. Piqué par la curiosité, il cliqua pour savoir lequel de ses commentaires avait retenu son attention, et apparemment son soutien.

« Vous n’êtes que des chiennes en chaleur de vous étaler ainsi sur les réseaux sociaux au vu de tout le monde et vous devriez vous faire soigner. »

Il aimait se laisser aller, sans retenue, à les insulter. Il prenait même beaucoup de plaisir à se lâcher comme jamais il ne le ferait en public dans la réalité.

Satisfait de trouver l’adhésion de quelqu’un à ses propos, il cliqua sur le profil de l’utilisatrice. Inconsciemment, il se redressa dans son siège et bomba le torse. Elle était jolie et sa photo de profil était sage. Pas un bout de sein ne dépassait, pas de grimace vulgaire ne la défigurait non plus, son visage souriant invitait même plutôt à la découvrir…

Il cliqua sur l’image, regarda quelques photos, lut brièvement la présentation de la femme, et faillit s’étrangler avec sa propre salive.

3

Et voilà ! La vente de sa petite voiture et l’acquisition du break étaient réalisées. Elle s’était enfin décidée à changer de véhicule parce que l’ancienne voiture n’était plus adaptée pour les longs déplacements, ni pour le transport de ses livres lorsqu’elle se rendrait à des salons par exemple… Le break lui permettrait même de dormir sur place si elle le désirait. Le prochain salon se tenait d’ailleurs ce week-end, mais elle n’avait pas encore décidé : inaugurerait-elle sa voiture ou dormirait-elle à l’hôtel ? Toujours est-il qu’elle était ravie de son nouveau jouet !

Elle avait rendez-vous avec son ami auteur. Ils se connaissaient depuis peu, mais avaient très vite noué de forts liens d’amitié. « Au moins, pensa-t-elle en souriant, il ne cherche pas à me séduire ». Il était déjà en couple, avec un homme de surcroît. Elle n’était pas du tout à son goût !

Elle se sentait à l’aise dans sa nouvelle acquisition, assez pour trouver les boutons de la radio et choisir une station. Années 70 à 90, a-t-on dit pour aujourd’hui… Et elle choisit Roxanne de The Police. Ça n’était pas sa préférée, mais elle chanta malgré tout à tue-tête. Sa bonne humeur plairait à son ami ! Lui aussi allait au salon ce week-end ! Ils pourraient y aller ensemble d’ailleurs ! Elle avait assez de place pour lui et ses cartons de livres !

Elle se gara devant la devanture du petit restaurant. Il l’attendait devant la porte. Elle le vit se précipiter les bras grands ouverts, à sa rencontre, devinant à ses mimiques qu’il faisait l’éloge de sa voiture neuve… Elle claqua la portière et se laissa entourer des bras chaleureux de son ami avant d’entrer dans le restaurant.

4

Il sentit la colère le submerger. Il toussa fortement, s’efforça de respirer par le nez, la bouche fermée, et attendit en se raclant la gorge à plusieurs reprises. Il avait l’impression que la fausse-route avait provoqué l’humidification de ses voies respiratoires si profondément qu’il avait une idée de ce qu’on éprouvait avant de se noyer ! C’était une question qui l’avait toujours taraudé… Que ressent-on au moment où l’on sait que l’on va mourir ?

Lorsqu’il eut enfin retrouvé son souffle et apaisé les battements de son cœur, il regarda à nouveau le profil de la fille. Comment avait-elle osé se moquer de lui ainsi ?! Il avait cru qu’elle le soutenait en activant un pouce à son commentaire, alors qu’elle-même était loin d’être un modèle de vertu ! La petite salope qui se faisait passer pour une sainte avec son sourire angélique, ses yeux doux, sa sage tenue, était écrivain. Elle avait même écrit un roman érotique ! Il avait eu, quelques secondes, le temps d’y croire, l’espoir, l’impression d’avoir trouvé une perle rare… LA perle rare ! Et cette pouffiasse l’avait bien eu !

Il sentait sa colère monter. « Pas ici, se disait-il, calme-toi, elle ne perd rien pour attendre. Elle va le regretter. TU vas le lui faire regretter. Mais pas ici, et pas maintenant. »

Il sentait sa colère monter. « Pas ici, se disait-il, calme-toi, elle ne perd rien pour attendre. Elle va le regretter. TU vas le lui faire regretter. Pas ici, pas maintenant. »

5

Lorsqu’elle rentra chez elle, elle comprit qu’elle n’écrirait pas aujourd’hui. Pour cela, il fallait se mettre en condition et, surtout, avoir du temps devant elle, mais l’après-midi était déjà bien avancé…

Elle consulta ses réseaux sociaux et ses mails, et s’attela à s’occuper des tâches quotidiennes qu’elle avait tendance à mettre de côté lorsqu’elle était prise de ses élans de création.

En faisant son ménage, elle se promit que si elle vendait assez de livres elle engagerait une femme de ménage ! Et puis peut-être un cuisinier ! Et un masseur pour les jours où ses lombaires et cervicales la faisaient souffrir. En fait, il lui faudrait plusieurs best-sellers ! Parce qu’un jardinier ne serait pas de trop non plus, et ses rêves de voyages nécessitaient également de gros revenus !

Elle s’était arrêtée, le balai à la main, rêvant de destinations merveilleuses. Elle se reprit à la pensée qu’il faudrait beaucoup de salons pour tout ça et qu’elle devait préparer celui du week-end prochain. En plus, son ami avait accepté de faire le trajet avec elle !

Elle se dirigea vers son bureau et emporta quelques cartons contenant livres, cartes de visites, flyers et goodies sans oublier sa pochette de stylos colorés et ses tampons. Il ne restait plus qu’à préparer une trousse de toilette sommaire, son sac de couchage et son oreiller, des vêtements de rechange, son ordinateur portable et ses chargeurs. Elle se restaurerait sur place, et c’était décidé, elle dormirait pour la première fois dans son nouveau carrosse ! Elle était toute excitée à l’idée de participer à ce salon, avec son ami à ses côtés. Mais nous n’étions que lundi, et le temps allait paraître long jusqu’à samedi !

6

Il ramassa son carnet déjà bien gribouillé et le rangea dans sa poche. Il était satisfait : il avait trouvé tout ce qu’il cherchait sur la fille, et même plus qu’il n’en avait espéré.

Elle avait commencé à écrire quelques mois auparavant seulement, avait un chat qu’elle appelait « Chat », écrivait des histoires qu’elles réunissait en recueils pour en faire des livres… Ça avait l’air de bien marcher pour elle. Les commentaires étaient très positifs. Il se pourrait même qu’elle arrive à percer !

Après avoir fait le tour de ses réseaux sociaux et de son blog, il s’était intéressé à sa biographie et à ses informations personnelles. Et tout était là. C’était trop facile, tout était lié : un bouton par-ci, faisait le lien par-là !

Comme lui, elle n’avait plus ses parents, pas d’enfant non plus, et aucun compagnon n’était mentionné, excepté Chat.

Elle utilisait un pseudo, mais à partir des informations contenues dans ses photos et publications, il avait une idée très précise de sa localisation ! En effet, il avait recoupé les lieux où elle était allée avec les arrière-plans de ses photos. Sur l’une d’elles, par exemple, on pouvait voir le nom d’une entreprise qu’il n’avait pas eu de difficulté à localiser. Il avait même pu vérifier d’où la photo avait été prise ! Un jeu d’enfant avec l’Internet et tous ses outils ! Il y avait des lieux uniquement visités, mais d’autres revenaient plus souvent. Elle partageait même avec ses followers des articles encourageant à aider telle ou telle association locale pour adopter les animaux, soutenir des causes sociales, etc. Elle avait de nombreux « amis » mais parmi ceux qu’elle tutoyait, la plupart vivaient dans le même coin ! Il avait donc pu établir dans quel département, et même dans quel secteur elle vivait !

Grâce aux commentaires aussi il avait avancé : des cousins, apparemment éloignés, mais néanmoins fiers d’elle, n’avaient pas manqué de mentionner leurs liens familiaux ! Et, forcément, comme leur nom était public, il avait pu en lister quelques-uns. Il y avait pas mal de chance pour qu’elle porte le même que l’un d’entre eux. Il n’avait plus qu’à chercher dans l’annuaire et le tour serait joué. Il y avait fort à parier qu’elle n’avait pas mis son nom sur liste rouge !

Il n’avait rien trouvé de répréhensible la concernant, si ce n’était ce fameux recueil. Il le commanda sur la plateforme de vente et choisit la livraison rapide. Le livre devait donc arriver le lendemain. Et il avait hâte de le recevoir : il était résolu à découvrir le degré de perversité de cette salope qui cachait trop bien son jeu.

Il se rendit compte que sa colère s’était un peu apaisée. Était-ce le fait de trouver autant de renseignements au cours de sa traque qui l’avait à ce point détendu ? Il présumait que oui, en partie, mais le fait que cette fille n’ait rien à voir avec les autres pouffiasses de féministes y était aussi pour quelque chose. Et puis il se rapprochait d’elle. Et cela l’excitait beaucoup.

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Gwenn A. Elle
Gwenn A. ELLE auteure

Auteure de thrillers psychologiques et romans sensibles. 11 livres publiés, une plume qui ne vous laissera pas indifférent.

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