« Un conte de chiée » : humour et absurdité dans le voisinage

Publié le 18.07.2024

Les contes commencent toujours par « Il était une fois ».

Soit. Mais ce conte n’a rien de traditionnel. Jugez-en par vous-même…

Il était une fois, donc, deux royaumes voisins.

L’un était un peu désordonné, un peu toujours en chantier, un peu fouillis… Mais ses habitants y vivaient heureux et paisibles. Cette minuscule province sans prétention était souvent à la fête. Chacun participait aux tâches communes et redoublait d’effort pour aider ceux qui ne pouvaient pas accomplir leurs corvées. On y écoutait de la musique, et chacun y allait de sa petite danse, s’il en avait envie, sous le regard amusé des autres, qui n’étaient, en général, pas en reste. L’aînée, la plus ancienne, était considérée comme la mère de tous et s’assurait du bien-être de chacun.

L’autre, tout aussi modeste, était gouverné d’une main de fer par une reine acariâtre. Son mari, faible des roubignoles, craignait sa femme, mais le cachait du mieux qu’il le pouvait en appuyant systématiquement ses déclarations. Ce trou-là, bien que médiocre, comptait plus de sujets, ignorants ou inconscients.

Tout allait pour le mieux, dans chacun des deux royaumes, jusqu’au jour où la reine du royaume austère, vilainement curieuse, s’intéressa à ce qui se passait dans celui d’à côté. Elle fit poster des sentinelles aux frontières et leur intima l’ordre de lui rapporter tous les faits se déroulant chez ses voisins.

Lorsqu’elle découvrit que ce peuple vivait heureux et joyeux, sans chercher à lui plaire ou à la flatter, et surtout, sans s’intéresser à elle, la jalousie l’emporta.

Elle tenta alors

de rallier les royaumes voisins à sa cause. Les plus fragiles, les plus craintifs, et ceux qui trouvaient un intérêt à la contenter, se plièrent à ses ordres, ou prirent ses racontars en considération. C’est ainsi qu’elle réussit petit-à-petit, à isoler le joyeux royaume. À chaque occasion, elle rajoutait du crédit à ses paroles, ce qui avait pour effet d’exclure plus encore les habitants innocents du pays voisin.

Un jour, elle apprit, que la « mère », qui prenait soin de ses gens dans le domaine limitrophe, avait acquis un troupeau de moutons qui leur permettrait à la fois d’entretenir leurs prés, et de confectionner des vêtements de qualité. Elle possédait elle-même quelques vieilles bêtes. Elle décida de se rendre en personne auprès de la « mère », afin de lui prodiguer ses conseils, et d’imposer ses idées. La mère, bien avisée, ne tenant point à rompre la cordialité de leurs relations, l’écouta attentivement, mais garda pour elle, secrètement, ce qu’elle pensait des méthodes de dressage barbares de sa voisine. La reine autaine rentra chez elle, tortillant de l’arrière-train, et reprit ses activités préférées : hurler sur ses sujets de sa voix de crécelle.

Quelques jours plus tard, les sentinelles, peu efficaces puisqu’elles dormaient la nuit à poings fermés, se réveillèrent dans une mare d’excréments ! La reine austère proclama immédiatement un message d’accusation à l’encontre de la « mère » à travers tous les royaumes. Elle lui ordonnait de se rendre à ses frontières afin de faire disparaître la mare brunâtre et odorante. Les autres pays, ses alliés, se rangèrent de son côté, ou feintèrent l’ignorance.

La « mère »,

d’humeur habituellement joyeuse et agréable, fut d’abord surprise de cette accusation. Malgré tout consciente des bassesses habituelles de sa voisine, elle considéra finalement qu’elle ne devait plus laisser l’acariâtre reine et son mari peu couillu, poursuivre leurs tentatives d’intimidation. Ils dépassaient les limites ! Elle se rendit donc, en personne et sans escorte (ses bijoux de familles étaient plus conséquent que les leurs), à la demeure de ses voisins.

La « mère » expliqua d’abord que ses moutons n’étaient pour rien dans l’apparition des selles, et ajouta qu’elle était choquée et déçue d’être accusée de souiller les frontières en faisant se soulager son troupeau chez ses voisins, sans preuve ni respect.

Mais la reine vicieuse, secondée par son mari aux petites bourses, qui se cachait derrière sa dulcinée à la vois criarde, haussa encore le ton et ridiculisa la pauvre « mère », la traitant presque de cochon. Celle-ci, qui avait espéré avoir le soutien du mari, comprit à quel point celui-ci était couard, lorsqu’elle le vit se pencher à plusieurs reprises, derrière le dos de sa femme, pour répéter les derniers mots de ses phrases accusatrices.

Comprenant qu’aucun dialogue n’était possible et que ses voisins, peut-être moins intelligents que leurs bêtes, ne souhaitaient pas autant connaître la vérité que lui faire du tort, la « mère » tourna les talons et rentra, triste, à son royaume.

Une semaine passa,

au cours de laquelle elle chercha un moyen de ramener ses voisins à la raison et de les convaincre de cesser de lui créer des soucis. Mais elle finit par comprendre que la mégère et son acolyte ne souhaitaient rien d’autre qu’anéantir son royaume. Elle avait déjà eu vent, auparavant d’histoires nauséabondes qui contaient comment le couple maléfique avait pu faire fuir d’autres peuples avant le sien, allant jusqu’aux pires bassesses, et même jusqu’à mettre en péril la sécurité de communautés toutes entières.

Elle fit néanmoins surveiller son troupeau de près, afin d’éviter tout écart malencontreux de ses bêtes, et décida, dorénavant, d’éviter de croiser les vils personnages.

À la fin de la semaine, alors qu’un convoi se préparait à quitter le joyeux royaume afin de l’approvisionner, le mari, toujours aussi avisé que couillu, se jeta sous les roues de l’un des charriots. Son but était de mettre en faute la « mère » qui devrait ensuite lui payer un tribu ! Il aurait d’ailleurs également tout le loisir de se plaindre et de déblatérer ses histoires à qui voudrait bien les entendre !

Mais, heureusement, le drame fut évité de justesse, l’idiot se releva et, comme armé d’un balai bien placé, s’en retourna à ses occupations.

Malgré tout, la « mère » s’interrogeait sur ce qui pouvait être à l’origine de cette malencontreuse histoire de chiée, qui avait donné à ses voisins l’occasion de l’enquiquiner. Elle n’eut pas besoin de chercher longtemps : le couple d’imbéciles avait décidé d’ensemencer de nouveaux champs, aux frontières, afin de récolter plus, et de s’enrichir plus encore. Cependant, comme ils ne connaissaient rien aux règles de la nature, ils avaient répandu leur grain à la mauvaise saison. Les oiseaux s’étaient alors empiffrés pendant plusieurs jours, et avaient ensuite gratifié leurs bienfaiteurs de multiples fientes ! Non seulement, la mégère et son compagnon récoltaient leur dû, mais en plus, ils n’avaient pas hésité à se tourner en ridicule en se posant en experts de bouses (ou de pétoulettes plus exactement), qui étaient en fait, de simples fientes !

C’est ainsi que le royaume austère resta austère, entouré des autres, qui les suivaient toujours, et que la « mère » et son peuple décidèrent de ne plus risquer de perdre leur joie de vivre et leur raison à leur contact, mais de rester prudents…

à bientôt !

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Gwenn A. Elle
Gwenn A. ELLE auteure

Auteure de thrillers psychologiques et romans sensibles. 11 livres publiés, une plume qui ne vous laissera pas indifférent.

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