Je suis encore tombée dans le piège…
En fait, non. Pas vraiment, puisque je reconnais (enfin) les usurpateurs. Mais j’ai encore laissé mes rêves m’emporter.
C’est dommage(able). J’ai peur de devenir méfiante. Je ne suis pas naïve pourtant. La vie m’a appris, à de multiples occasions. Mais je suis une rêveuse inconditionnelle, et je refuse de me laisser emporter par mes inquiétudes. Je refuse de croire que les gens peuvent être mauvais sans raison raisonnable… Je m’interdis de faire du mal, ou même de penser du mal, tant qu’il n’y a rien d’avéré. Alors lorsque quelque chose m’interpelle, j’essaie de l’oublier en me disant que je me fais des idées. Même s’il reste un petit malaise au fond de moi…
Pourtant, mon instinct ne me trompe jamais. Mais je culpabilise à l’idée de m’écouter et je tente de me justifier (toujours !).
Alors lorsque mon alarme interne résonne trop fort, je fuis avant même de vérifier ! C’est une réaction d’autoprotection, mais aussi un cercle vicieux : j’ai peur de rejeter quelqu’un de bien pour une simple erreur, un regard, une attitude, un mot… mal placés ou décalés.
C’est donc l’histoire d’un piège.
Un piège invisible, de ceux qui ne laissent pas de traces sur la peau, mais qui peuvent briser le cœur. Un piège tendu à l’endroit exact où nous sommes le plus vulnérables : nos rêves, nos passions, nos créations, nos avenirs parfois…
J’ai connu ça en amour… Mais ici, c’est sur un autre terrain que j’ai été meurtrie, par un autre biais : celui de la reconnaissance de mon travail.
Quand on écrit avec ses tripes, quand on passe son temps à donner vie à des personnages, à organiser des phrases, à inventer des intrigues, l’auto-édition ressemble parfois à une minuscule bouteille jetée à la mer*. Cette mer, c’est celle d’Instagram ou de Facebook, où l’on se sent parfois cruellement invisible. Non pas que j’aie envie d’être dans la lumière… Mon truc à moi, c’est d’y mettre les autres. Mais en l’occurrence, depuis plusieurs années maintenant, ce sont mes livres que je cherche à faire découvrir. Alors sur ces réseaux, la plupart des professionnels cherchent une main tendue, une collaboration, un contrat,…
Plus précisément, les auteurs cherchent des lecteurs, et/ou un éditeur, un guide, un regard professionnel qui leur dira : « J’ai lu votre texte. Il a de la valeur. Je vais vous aider. »
Et puis, un soir, quelqu’un arrive.
Le mirage du sauveur
Il se présente comme mécène, investisseur, parfois auteur, éditeur, homme de réseau. Il sait même écrire, s’exprime bien, et vous enveloppe dans du coton… Et il vous promet des « secrets » d’algorithmes, les noms célèbres à partager. Il s’intéresse à vous, vous flatte, glisse des compliments sur votre plume… et même sur votre physique. Parce que vous êtes « charmante ». Et puis, forcément, on a envie d’y croire. L’ascenseur émotionnel s’emballe. On veut penser que la chance tourne enfin et pas que c’est uniquement de la flatterie. C’est humain. Ce n’est pas de la naïveté, c’est simplement de l’espoir.
Et le masque glisse.
Les voyants se mettent au rouge. Parce qu’au fond, on sait bien que c’est pas professionnel, que c’est pas « normal », même si les codes, on ne les connaît pas… Un détail n’est pas clair, un autre ne correspond plus du tout. Et tout à coup, les compliments se transforment en exigences directives. On vous réclame vos bios, vos photos, vos liens, vos couvertures, tout de suite, à ses conditions. On cherche à vous rendre « esclave », à annihiler votre réflexion en dirigeant vos actions et en orientant votre pensée. « Faites-moi confiance. Il se passe quelque chose d’extraordinaire : JE vous ai trouvée. JE suis fasciné. VOS écrits le méritent, VOUS le méritez… Et tous le seront également lorsqu’ils vous découvrirons »…
C’est trop, bien sûr. Mais le rêve, il y ressemble tant ! Et quand, avec la prudence légitime de celle qui protège son œuvre, vous posez des questions simples « Qui êtes-vous réellement ? Quelle est votre structure ? », parce que comme on sait, au fond, que c’est impossible, non pas parce qu’on est nulle, mais parce que tout cela n’est pas professionnel, et qu’on empêche son cœur de s’emballer, et ses rêves de s’envoler, et qu’on a pourtant tellement envie de se laisser aller à l’euphorie… Parce qu’enfin on a réussi !
On fait juste quelques vérifications de base…
Un numéro de Siret ? Un nom ? Des photos au moins ? RIEN.
Et alors, le ton change. La bienveillance s’évapore pour laisser place à la vexation ou au chantage : « Vous refusez une chance. »
C’est là que se situe la véritable cruauté. Ces personnes ne font pas que vous faire perdre votre temps. Elles exterminent votre enthousiasme, utilisent votre travail et votre espoir comme appât pour exercer un petit pouvoir, une séduction déplacée, ou un contrôle déplorable.
Et refuser de se soumettre est difficile… Parce qu’au fond, on espère encore se tromper… Et on le sait : s’excuser en cas d’erreur ne suffit pas toujours à réparer.
Un appel à la transparence : aux femmes, aux hommes et aux professionnels
Ma voix est ici encore noyée dans le brouhaha des réseaux. Mais elle s’ajoute à tous les autres témoignages de femmes, mais aussi d’hommes, abusés. Et je sais ce que c’est. Je le sais depuis longtemps, quand je n’étais alors qu’une toute petite fille… Et aujourd’hui, face à l’ampleur des dégâts sur les victimes, je souhaite simplement prévenir celles et ceux qui n’en ont pas encore fait l’expérience, celles et ceux qui sont régulièrement des cibles, et les autres qui subissent encore…
Auteurs, indépendants ou en quête d’édition, mais aussi les autres, hommes et femmes (et indéfinis bien sûr) :
protégez-vous. Ne laissez jamais personne vous faire croire que vos doutes sont de la paranoïa. Si un « professionnel » s’offusque que vous vérifiez ses compétences, ses mentions légales ou son catalogue, c’est qu’il cache quelque chose. Et il en va de même dans la « vraie » vie : un partenariat commence par le respect de votre intelligence, pas par l’exploitation de vos espoirs ou de vos rêves.
Aux faux profils, du milieu littéraire comme d’ailleurs :
prenez soin de vous… Vous ne voudrez pas l’entendre mais ça commence par une prise de conscience et une recherche de soin. C’est le pire que je puisse vous souhaiter !
Aux vrais éditeurs et agents littéraires :
le système éditorial traditionnel est devenu une forteresse si fermée que les jeunes auteurs, comme les indépendants se retrouvent isolés, livrés à eux-mêmes sur les réseaux. C’est dans cette brèche que s’engouffrent les illusionnistes et les faux mentors. Manifestez-vous ! Nous avons besoin que vous preniez la parole, que vous rappeliez comment vous travaillez, comment vous abordez les auteurs…
Le pire dans tout ça… C’est que ces illusionnistes ne pensent pas forcément à mal, qu’ils n’ont peut-être même pas conscience de ce qu’ils font, qu’ils veulent juste « jouer au mentor », se sentir importants, briller dans les yeux des autres. Mais en face d’eux, il y a une personne. Jouer avec les rêves d’autrui pour pallier sa propre solitude ou son manque de reconnaissance, est d’une immense cruauté.
Le cœur brisé, mais la plume intacte
Oui, se rendre compte de la supercherie brise le cœur. On s’en veut d’avoir ouvert la porte, d’avoir souri, d’avoir partagé un morceau de nos rêves avec quelqu’un qui ne cherchait qu’à… À quoi d’ailleurs ? S’amuser ? Nourrir son propre ego ? Peut-être à voler votre travail ? Ou simplement à vous éliminer de l’espace en vous rabaissant finalement ?
Peut-être, dans ce cas, devrais-je sourire et me dire « Je fais de l’ombre ou je dérange peut-être ? S’il m’a trouvée, d’autres, les bons, me trouveront aussi. J’existe dans cette mer houleuse ! » Mais j’ai peur que ce ne soit une autre illusion.
Cependant, je sais me réparer. Et je sais poser les mots.
Je suis toujours là. Je resterai « naïve », selon certains, et personne, si ce n’est moi, ne viendra éteindre la lumière (parfois sombre) de mes histoires.
Restez vigilants, soyez solidaires, écrivez avec force, lisez avec attention, et, surtout, prenez le temps…
*Je fais un clin d’œil à l’un de mes derniers articles, destiné à faire la promo de mon dernier thriller, celui qui est épinglé sur ma page, qui ressemble à une petite annonce de recherche de l’amour, et qui m’a valu des messages bien piquants de messieurs qui pensaient que je les demandais en connexion pour cette raison !
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