« Mon Covid » : peur, colère et consternation

Publié le 03.10.2024

Aujourd’hui, je suis malade.

Je n’ai rien de grave, c’est le covid !

Pourtant, il est dur avec moi. C’est la seconde fois que je l’attrape.

Je me dis que j’ai bien fait de me faire vacciner. Peut-être que sans ça, je serais morte ?

Je sais… Beaucoup d’entre vous sont sceptiques. Mais si je ne fais pas confiance aux experts qui m’ont conseillée de le faire et qui n’ont rien à y gagner, à qui, alors, pourrais-je faire confiance ?

Je suis épuisée. J’ai mal. Mes sinus saignent, me faisant croire à des rages de dents, et ma tête porte comme un casque. Un casque qui engloberait le nez, le front et les joues. La fièvre va et vient, subrepticement. Mais cette fois-ci, je n’ai pas les douleurs musculaires, ni la peau qui brûle. Ouf ! C’est déjà ça ! La première fois, je me souviens avoir pleuré tellement j’avais mal à la tête. Je ne pouvais plus dormir et les bruits et la lumière me faisaient souffrir… Cette fois-ci, j’ai juste le nez qui coule, qui m’essouffle, qui s’écoule dans ma gorge et l’irrite, puis dans mes bronches. Et je tousse.

Du coup, j’ai mal à la poitrine, et à la tête… La sinusite… Mes intestins aussi me font mal. Je bois beaucoup, je mange, j’élimine… Mais il reste traîner là, en moi ! Et le pire, c’est de savoir qu’il se cache dans mon souffle, dans ma salive et dans ma transpiration ! Je l’ai déposé un peu partout : sur la table, dans mon lit, sur mon clavier, dans l’air, dans toutes les pièces !

Pour les vaccins aussi, j’ai souffert. Mais pas trois semaines ! Parce que quand je suis malade comme un chien, il me faut bien trois semaines pour remonter… Et avec ce covid, c’est trois semaines malade, trois semaines en plus pour remonter, et quelques petites séquelles pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Les sinus fragiles, la perte d’odorat, la fatigue physique,… J’ai toujours soif. Enfin, pas vraiment soif, mais un besoin physique et douloureux de rafraîchir et d’humidifier ma gorge, dès que l’air est chaud, ou sec, ou quand je parle trop ! Voilà que le covid a trouvé le moyen de me clouer le bec !

Et dire que certains sont asymptomatiques ! Quelle chance ! Enfin… Peut-être ! Parce que c’était une de mes craintes lorsqu’il est apparu : la possibilité d’être porteuse du virus et de le transmettre, sans même le savoir, aux personnes vulnérables que je côtoyais chaque jour à l’ehpad. Mieux vaut donc pour moi être réellement malade, parce que j’aurais eu du mal à encaisser ça, l’idée d’être responsable de la contamination de quelqu’un de fragile.

Quand il est apparu, je suivais les informations sur le net. C’était avant que « Monsieur tout le monde » ne s’approprie les réseaux. Ainsi, lorsqu’un article était publié, des experts, dont les idées allaient à l’encontre de ce qui était présenté, pondéraient les articles. C’était intéressant de confronter les points de vue… C’était avant « le gourou », avant les mesures de l’État qui se contredisaient parfois, et avant le recul que nous avons maintenant.

J’ai vu que l’Italie était infestée. Elle nous demandait de l’aide… Et nos dirigeants ont fermé nos frontières ! Juste après, on nous annonçait le Confinement. J’avais bien compris que ça ne durerait pas deux semaines, ni même trois. Mais… Qu’allait-il advenir ?

Les images étaient terribles, les morts s’amoncelaient. Des corps étaient entreposés au marché de Rungis ! Lorsque le virus entrait dans un ehpad, il en décimait le quart, parfois plus… N’était-ce pas l’horreur ? J’étais en formation à ce moment-là et j’avais tellement l’impression d’être inutile. Je collectais des dessins pour les anciens, dessins qui ne leur sont jamais parvenus, je crois. Je pensais que tous les vieux allaient finir par mourir de cette saloperie, qu’on perdrait donc nos anciens, mais aussi la mémoire dont ils étaient les garants. Je me souviens en avoir pleuré, avoir expliqué que j’avais peur pour eux et qu’il fallait se protéger pour les protéger, eux.

Les gens étaient tellement sceptiques. Je ne comprenais pas pourquoi… L’empathie leur manquait cruellement. Ni mes larmes, ni celles des témoins, des soignants dépassés, ni même les images ne suffisaient à leur arracher un minimum de respect. Leur manquait-il l’intelligence ? Regardaient-ils ou détournaient-ils les yeux ? Certains me narguaient même, ôtant leur masque dès la porte fermée, allant à l’encontre des mesures imposées par l’État, ne voulant pas comprendre que ce n’était pas pour se protéger soi, mais pour limiter les émanations du virus en cas de contamination, et donc pour les protéger eux justement !

Ils étaient égoïstes et l’affichaient ouvertement ! C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me sentir vraiment mal. Tout était permis. Du refus du port du masque, présenté comme une action rebelle face à une dictature gouvernementale, au harcèlement de la petite du groupe qui affichait des photos un peu trop sexys à leur goût sur ses réseaux sociaux.

Et puis le vaccin est né. Beaucoup l’ont refusé, sous prétexte qu’ils ne souhaitaient pas se voir injecter des produits dont ils ne connaissaient rien, pour lesquels il n’y avait aucun recul… Mais pourtant, ces-dites personnes ingurgitaient des boissons ou repas bourrés de conservateurs, inhalaient les fumées toxiques de leurs cigarettes et parfois même celles de leur vapoteuse, qui avaient bon goût, certes, mais dont ils ne connaissaient pas non plus la composition ! Ces mêmes personnes utilisaient également des produits sur lesquels ils ne savaient rien dans leur douche, ou devant leur miroir, dans leur maquillage, ou leur crème de jour…

Mais alors, qu’aurait-il fallu ? Un cours de chimie ou de biologie ? Une jolie présentation ? Un moyen d’ingurgitation plus sympathique qu’une piqûre ? Un bon goût peut-être ?

Bien sûr, le vaccin a provoqué des morts et des problèmes plus ou moins graves… Il y avait des risques et nous étions au courant. Comme pour tout vaccin, malheureusement. Et j’en étais consciente pendant que je me faisais piquer, ou pendant que j’accompagnais mes enfants se faire piquer également. Peut-être aurait-il mieux valu que nous ne soyons pas au courant des risques… Et finalement, combien ont été sauvés ? Le vaccin n’était pas censé nous prémunir du virus, mais nous prémunir des formes graves. Et je ne l’ai pas fait pour moi au départ, mais bien pour les autres, les fragiles, et aussi les sceptiques qui le refusaient…

D’un autre côté, j’avais l’impression que c’était la course à la solution. Y avait-il, chez nos dirigeants, une sorte de challenge à trouver la bonne méthode, le bon vaccin en premier ? À comparer avec d’autres pays, nous nous en sommes plutôt bien sortis, il me semble… Mais à quel prix ?

Qu’avons-nous perdu ?

J’étais en formation au moment du Confinement. J’avais beaucoup de travail : des cours à étudier, des visios, la classe des enfants à superviser, les dessins pour les vieux de l’ehpad… Et pourtant, cette période était douce pour beaucoup d’autres. Le temps était beau, on passait du temps ensemble, on jouait, on « prenait le temps » justement…

J’ai cru. J’ai tellement cru que les gens avaient compris. Le sens de la vie. Le sens que je lui donne personnellement, en fait. J’étais persuadée que la situation resserrerait les liens, que l’entraide allait se développer, qu’on serait plus attentif au voisin, plus généreux, plus conciliant, plus patient…

Mais je me suis vite sentie seule. Parce que j’ai vite compris : l’être humain oublie. Il semble généralement obnubilé par son propre nombril, parfois au détriment des autres. Pire encore, il marche souvent sur ses congénères pour aller plus haut. Mais maintenant, il n’en a plus honte. Il le revendique !

Cette période s’est accompagnée de nouveautés :

beaucoup se sont mis au sport, à la cuisine, aux réseaux sociaux… Pour le meilleur, comme pour le pire.

Alors qu’avons-nous perdu au cours de cette période ? L’empathie ? La patience ? L’intelligence ?

Je suis malade… Mais c’est rien ! C’est juste le covid. J’ai de la fièvre, et je me souviens de ceux qui sont partis, d’avant… Et je rêve…

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Gwenn A. Elle
Gwenn A. ELLE auteure

Auteure de thrillers psychologiques et romans sensibles. 11 livres publiés, une plume qui ne vous laissera pas indifférent.

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